Au cœur de la culture vietnamienne résonne le mot Vo. Loin de se limiter à une série de techniques martiales, ce terme englobe une conception profonde de la vie, de la santé et de la préservation de soi. Issu de l’expression Vo Thuat — qui partage avec le Wu Shu chinois et le Bujutsu japonais l’étymologie de l’art de maîtriser les armes pour faire cesser le conflit —, le Vo est avant tout une quête d’apaisement et d’équilibre.
Une forge historique guidée par la résilience
Le Vietnam a traversé les âges en défendant sans relâche sa souveraineté, bordé par d’immenses empires et carrefour d’échanges culturels. L’histoire des arts martiaux vietnamiens témoigne de cette capacité extraordinaire d’adaptation : les maîtres ont su absorber les influences techniques venues des traditions martiales de Chine tout en préservant des pratiques ancestrales intimement liées à la morphologie et à l’esprit du peuple vietnamien.
Dans les villages, les savoirs se transmettaient au sein du cercle familial, souvent en secret. C’est ainsi que sont nés des styles régionaux majeurs comme le Vo Binh Dinh, réputé pour son habileté au bâton long et son travail d’enracinement dans le sol.
L’éventail des styles : du Vo Co Truyen au Vovinam
Aujourd’hui, le monde martial vietnamien s’organise principalement autour de deux grands piliers :
- Le Vo Co Truyen : Cet ensemble regroupe les écoles traditionnelles (Nguyen, Sa Long Cuong, Tay Son…). Il valorise la pratique des armes classiques (sabre, lance, fléau, bâton) et l’imitation des principes de la nature à travers des enchaînements codifiés appelés quyen.
- Le Vovinam Viet Vo Dao : Fondé dans les années 1930 par Maître Nguyen Loc, ce style moderne synthétise l’efficacité des styles traditionnels avec des principes biomécaniques modernes. Célèbre pour ses spectaculaires ciseaux volants (don chan), il propose également un chemin philosophique exigeant résumé par sa devise : « Être fort pour être utile ».
Dans chaque mouvement, la véritable science du combat réside dans l’art d’utiliser la force de l’opposant plutôt que de s’y heurter frontalement.
L’harmonie du Am et du Duong (Yin et Yang)
Le pratiquant de Vo n’apprend pas uniquement à frapper ; il apprend à respirer, à canaliser son énergie interne (le Khi) et à cultiver le calme intérieur. La théorie du Am – Duong (l’équivalent vietnamien du Yin et du Yang) sous-tend l’ensemble du système :
« La souplesse absorbe la violence du choc, la fermeté jaillit là où l’adversaire s’y attend le moins. Vaincre sans détruire, préserver sans faiblir. »
L’esquive circulaire, les blocages en déviation et les déplacements fluides incarnent la polarité réceptive (Am), tandis que les frappes précises aux points vitaux et les projections nettes matérialisent le principe dynamique (Duong). Cette alternance constante permet d’entretenir la vitalité des articulations, de stimuler la circulation des fluides corporels et de renforcer l’esprit face au stress du quotidien.
Un art de vivre pour aujourd’hui
S’engager dans l’apprentissage des arts martiaux vietnamiens, c’est choisir un chemin complet. En associant discipline corporelle, étirements profonds et respect d’un code moral bienveillant, le Vo offre à chacun une méthode éprouvée pour retrouver un parfait alignement entre corps et conscience.




