Au cœur des traditions martiales asiatiques, les pratiques du Vietnam se distinguent par une élégance vibrante et un redoutable pragmatisme. Désignés sous le terme générique de Vo (qui trouve ses racines dans le Vo Thuat, équivalent du Wushu chinois ou du Budo japonais), ces systèmes de combat condensent des siècles d’histoire mouvementée. Façonnée par la nécessité de défendre le territoire contre d’incessantes invasions, la pratique martiale vietnamienne a su transformer la contrainte en une philosophie de vie lumineuse, axée sur la santé, l’équilibre et le courage.
Une mosaïque de styles : du Vo Co Truyen au Vovinam
Loin de former un ensemble monolithique, l’univers des Arts Martiaux Vietnamiens regroupe une prodigieuse variété de courants. On distingue traditionnellement :
- Le Vo Co Truyen : terme désignant l’ensemble des styles traditionnels ancestraux. Transmis au sein de lignées familiales ou de villages guerriers, il puise dans le terroir national, à l’image du célèbre Vo Binh Dinh, réputé pour sa vivacité et son travail au bâton long.
- Les écoles d’influence sino-vietnamienne : comme le Thieu Lam (dérivé de Shaolin), qui intègrent la fluidité et les frappes circulaires propres aux styles du Sud de la Chine tout en les adaptant à la morphologie locale.
- Le Vovinam Viet Vo Dao : fondé au XXe siècle par Maître Nguyen Loc, ce style moderne et dynamique synthétise l’essence du patrimoine martial vietnamien et des apports extérieurs. Il est mondialement connu pour ses ciseaux acrobatiques volants spectaculaires (Don Chan).
Pour mieux appréhender cette genèse fascinante, il convient de se plonger dans la véritable histoire des arts martiaux vietnamiens, intimement liée à la survie et à l’identité de son peuple.
Principes et biomécanique : l’art de vaincre la force par la souplesse
Face à des adversaires souvent plus imposants physiquement, les maîtres vietnamiens ont forgé une doctrine fondamentale : Nhu Thang Cuong, ou la victoire de la souplesse sur la force brute. Cette approche résonne puissamment avec les principes universels du Yin et du Yang. Le pratiquant n’oppose jamais une résistance rigide à l’assaut ; il absorbe, esquive, dévie, puis riposte avec une rapidité foudroyante.
Dans la science du combat vietnamienne, l’utilisation du corps tout entier est primordiale. Les déplacements sont vifs, bas et souples. L’arsenal technique englobe aussi bien le travail à mains nues (poings, tranchants, coudes, genoux) que l’art raffiné des armes traditionnelles : sabre, épée, hallebarde ou simple fléau à deux branches.
Une voie d’épanouissement global
Pratiquer le Vo aujourd’hui dépasse largement l’apprentissage de l’autodéfense. C’est une discipline complète pour canaliser l’énergie vitale (le Khi), tonifier la musculature profonde, assouplir les articulations et apaiser l’esprit. Chaque entraînement débute et s’achève par le salut fraternel, rappelant que la force acquise doit toujours être guidée par la rectitude morale, la bienveillance et le respect d’autrui.
