Dans l’univers des disciplines traditionnelles japonaises, l’affrontement n’a jamais pour but de dominer brutalement l’autre, mais plutôt de révéler la vérité de sa propre pratique. En kendo, la compétition porte le nom de shiai. Cet engagement direct met à l’épreuve le sang-froid, la droiture posturale et la circulation du ki (l’énergie vitale) sous la pression du combat. Découvrir les règles qui régissent cet art du sabre permet de mieux saisir toute la profondeur philosophique qui anime chaque assaut.
Le principe du Sanbon Shobu : la quête des deux points
Lors des tournois officiels, le combat se dispute traditionnellement selon la formule du Sanbon Shobu, c’est-à-dire une victoire accordée au premier qui inscrit deux points (ippon) sur un maximum de trois échanges validés. Si l’un des pratiquants marque deux points consécutifs, le duel prend fin immédiatement. Un combattant peut également remporter la rencontre s’il mène d’un point au terme du temps réglementaire, généralement fixé entre trois et cinq minutes selon les catégories d’âge et le niveau des compétiteurs.
Lorsque le temps imparti expire sur un score vierge (zéro à zéro) ou sur une parfaite parité (un point partout), les arbitres annoncent un match nul, appelé hikiwake. Cependant, lors des phases éliminatoires où la désignation d’un vainqueur est obligatoire, le match se poursuit en prolongation (encho). Dans cette prolongation sans limite de temps, le premier à marquer un point décisif remporte immédiatement la victoire, selon le principe de la mort subite, demandant une vigilance absolue et un souffle parfaitement posé.
Qu’est-ce qu’un Ippon valable en kendo ?
Contrairement à de nombreuses disciplines de combat où une simple touche superficielle suffit pour engranger des points, le kendo impose une exigence absolue de sincérité et de technique. Pour qu’un ippon soit accordé par les trois arbitres (shinpan), plusieurs conditions indissociables doivent être réunies :
- L’impact net sur une zone autorisée : la frappe avec le shinai (sabre de bambou) doit atteindre précisément le sommet du casque (men), l’avant-bras protégé (kote), le plastron (do) ou consister en un coup d’estoc maîtrisé à la gorge (tsuki).
- Le Ki-Ken-Tai-Itchi : l’harmonie totale entre l’esprit (le cri ou kiai libérant l’énergie), le sabre (la frappe avec la partie tranchante idéale du bambou) et le corps (l’engagement postural et la frappe du pied avant au sol).
- Le Zanshin : l’état de vigilance constante et d’attention sereine après l’attaque. Manifester de la joie, lever le poing ou relâcher sa posture après une touche entraîne l’annulation pure et simple du point pour manque de respect et rupture de la concentration martiale.
Une alliance profonde entre Yin et Yang
Chaque rencontre de kendo illustre un dialogue permanent entre forces complémentaires. L’offensive vigoureuse, explosive et incisive incarne la dimension solaire du Yang. En contrepoint, la lecture du jeu adverse, la patience tactique, le calme intérieur et la posture droite relèvent de la sérénité du Yin. Un pratiquant qui n’utiliserait que la force brute s’épuiserait rapidement face à un adversaire capable d’absorber le mouvement pour contre-attaquer avec clarté.
Pour approfondir ce cheminement, il est passionnant de se pencher sur l’origine du kendo, forgée par les samouraïs à l’ère féodale, tout en découvrant au dojo la pratique du kendo au quotidien. Cette discipline complète permet de constater les apports du kendo sur la tonicité musculaire, la respiration profonde et l’apaisement mental. Sur le tatami ou le parquet d’un dojo, le shiai demeure avant tout une opportunité fraternelle d’élever mutuellement son esprit martial.




