Issu des traditions séculaires des guerriers samouraïs, le Kendo (« la voie du sabre ») transcende largement le cadre d’une simple confrontation sportive. Il s’agit d’une quête d’éveil personnel où l’énergie vitale s’harmonise avec la rigueur du corps et du mental. Dans le dojo, pieds nus sur un plancher de bois spécialement conçu pour absorber les impacts, le pratiquant (kendoka) apprend à canaliser sa vivacité dans un environnement d’entraide et de respect mutuel.
Le triptyque fondamental : Ki-Ken-Tai-Itchi
La quintessence du Kendo repose sur un principe immuable, partagé par l’apprenti comme par l’expert chevronné : le Ki-Ken-Tai-Itchi. Cette maxime japonaise incarne l’union indissociable entre trois dimensions fondamentales :
- Ki : l’énergie spirituelle et la détermination, manifestées par le cri franc (le kiai).
- Ken : le sabre en bambou (shinai), dont l’impact doit être net et réalisé avec le tiers supérieur tranchant.
- Tai : le corps en action, caractérisé par une posture stable et une frappe du pied au sol parfaitement coordonnée.
Pour qu’un point (ippon) soit accordé lors d’un assaut, ces trois éléments doivent se manifester en une fraction de seconde, dans une totale synchronisation temporelle. Cela témoigne d’un engagement sans réserve, où le doute n’a plus sa place.
Les cibles réglementaires et le port du Bogu
Contrairement à d’autres pratiques où les frappes peuvent toucher l’ensemble du corps, le combat au sabre canalise l’intensité vers des zones anatomiques ciblées et rigoureusement protégées par l’armure (le bogu). Lors de la pratique du kendo, les attaques portent uniquement sur quatre zones :
- Men : une coupe portée au sommet de la tête protégée par le casque grillagé.
- Kote : une frappe nette sur les manchettes protégeant les poignets et les avant-bras.
- Do : un coup tranchant appliqué au niveau du plastron protégeant les flancs.
- Tsuki : une frappe d’estoc précise dirigée vers la protection de la gorge, réservée aux pratiquants expérimentés en raison de sa technicité.
Toutes ces touches nécessitent une orientation juste de la lame virtuelle afin de respecter la gestuelle authentique du katana d’antan.
Le Ji-geiko : la confrontation bienveillante
Pendant les assauts libres, dénommés Ji-geiko, deux kendokas se font face, pointes des sabres croisées. L’intensité est souvent fulgurante. Chacun cherche à déstabiliser la garde adverse, à devancer l’initiative de l’autre ou à riposter immédiatement après une esquive millimétrée. Cette gestion fine des flux énergétiques rappelle les approches circulaires du Ba Gua Zhang, où l’anticipation et la conscience spatiale dictent l’action.
Pour autant, toute violence gratuite est fermement bannie du dojo. Le partenaire n’est jamais perçu comme un adversaire à terrasser, mais comme un allié indispensable. C’est grâce à sa vigilance et à ses attaques que l’on découvre ses propres failles et que l’on progresse.
Un cheminement d’équilibre au quotidien
S’engager dans la pratique du kendo procure des bienfaits profonds sur le maintien corporel, la tonicité des jambes et la régulation du souffle. C’est une remarquable école de maîtrise émotionnelle qui permet de cultiver la sérénité du Yin au cœur même de l’action Yang.




