Héritier noble des traditions guerrières du Japon féodal, le kendo représente bien plus qu’une simple confrontation armée. Si ses racines puisent dans l’ancien kenjutsu pratiqué par les samouraïs, la discipline moderne a su métamorphoser une technique de combat mortelle en un chemin d’élévation spirituelle et de perfectionnement personnel.
L’essence de la Voie du Sabre
Le mot se compose de deux idéogrammes fondamentaux : Ken, qui désigne le sabre ou l’épée, et Dô, qui incarne la voie, le cheminement philosophique. Ainsi, s’initier à cet art martial revient à emprunter la « Voie du Sabre ». Loin de chercher l’anéantissement de l’adversaire, Le Kendo cherche à forger le caractère, la fermeté d’esprit et la sincérité du pratiquant, nommé kendoka.
À la fin du XIXe siècle, puis au lendemain des épreuves du XXe siècle, la pratique a été codifiée pour préserver l’éthique martiale tout en garantissant une totale intégrité physique. Le sabre d’acier tranchant a ainsi cédé la place au shinai, une arme souple composée de quatre lames de bambou reliées par des pièces de cuir, permettant des frappes vigoureuses sans danger.
L’équipement et les frappes fondamentales
Pour se mesurer l’un à l’autre en toute sécurité, les combattants revêtent une armure protectrice ancestrale, le bôgu. Cet ensemble harmonieux comprend quatre éléments principaux :
- Le Men : le casque grillagé protégeant le visage, la gorge et le sommet du crâne.
- Le Kote : d’épais gants rembourrés préservant les poignets et les avant-bras.
- Le Do : le plastron rigide protégeant le buste et les flancs.
- Le Tare : la protection ventrale et pelvienne souple articulée en pans de tissu épais.
Dans la pratique du kendo, seules quatre cibles précises sont autorisées : la tête (men), les poignets (kote), les flancs (do) et la gorge en coup d’estoc (tsuki). Cette rigueur technique oblige à une précision chirurgicale et à un respect absolu de l’intégrité de son partenaire.
Ki-Ken-Tai-Ichi : l’alignement énergétique parfait
Le kendo incarne à merveille le principe de circulation du Qi ou du Ki. Pour qu’un assaut soit considéré comme valide, il ne suffit pas de toucher l’armure. Le coup doit manifester l’état de Ki-Ken-Tai-Ichi, c’est-à-dire l’unité indissociable entre l’énergie vitale (le souffle et l’esprit libérés par le cri, le kiai), le sabre (la lame de bambou frappant avec justesse) et le corps (l’engagement physique et le pas glissé au sol).
« Le sabre n’est pas utilisé pour pourfendre l’autre, mais pour trancher ses propres doutes, ses peurs et son ego. »
Sur le plan énergétique et postural, les apports du kendo sont immenses : redressement de l’axe vertébral, maîtrise de la respiration ventrale, concentration instantanée et apaisement de l’agitation mentale par une présence vigilante au monde.
