Héritier direct de l’escrime traditionnelle des samouraïs, le kendo — littéralement la « voie du sabre » — est bien plus qu’une discipline d’affrontement. Il représente une véritable recherche d’harmonie où l’explosivité martiale (le versant yang) s’équilibre avec le calme intérieur et la maîtrise de soi (le versant yin). Pratiqué pieds nus au sein du dojo, idéalement sur un plancher souple capable d’absorber l’intensité des déplacements, cet art invite à un dialogue permanent entre deux partenaires en quête de perfectionnement mutuel.
L’équipement : le prolongement de soi
Dans la pratique du kendo, les pratiquants (ou kendokas) manient le shinaï, une arme souple composée de quatre lattes de bambou assemblées par des pièces de cuir. Loin d’être un simple substitut d’arme blanche, le shinaï s’envisage comme une extension de l’énergie corporelle. Pour porter une frappe valable, seul le tiers supérieur de la lame, orienté selon le tranchant virtuel du sabre, doit atteindre la cible avec précision.
Pour s’engager en toute sécurité dans des assauts réels sans retenue excessive, les pratiquants revêtent une armure protectrice complète appelée bōgu. Celle-ci délimite précisément les cibles autorisées lors du combat :
- Men : le casque protecteur enveloppant la tête et les tempes.
- Kote : les gantelets épais protégeant les poignets et les avant-bras.
- Dō : le plastron rigide couvrant le tronc et les flancs.
- Tsuki : la protection renforcée de la gorge, réservée aux frappes d’estoc piquées avec rigueur.
Le cœur de l’art : Ki-Ken-Tai-Itchi
Marquer un point décisif (ippon) en kendo ne se résume pas à toucher l’autre plus vite. Chaque coup doit impérativement répondre au concept fondateur de Ki-Ken-Tai-Itchi, c’est-à-dire l’unité indissociable entre l’énergie spirituelle (Ki), le sabre (Ken) et le corps (Tai).
Concrètement, la coupe doit coïncider avec l’impact du pied avant au sol (fumikomi) et la libération d’un cri puissant (kiai) jaillissant du centre d’énergie vital, le hara. Cette convergence totale témoigne d’un engagement sans faille : l’esprit n’hésite pas, le geste ne tremble pas, et le corps suit la trajectoire avec plénitude. Tout comme dans certains arts internes comme le Ba Gua Zhang, l’ancrage et la circulation fluide du souffle demeurent primordiaux pour générer une puissance exempte de raideur musculaire.
L’assaut libre et la philosophie du dojo
Lors des séances d’assaut libre, appelées ji-geiko, deux kendokas se font face dans une posture stable, les pointes de leurs armes croisées au centre. Chaque combattant s’efforce de percevoir l’intention adverse, de créer une ouverture ou d’intercepter l’attaque naissante avec spontanéité. La vitesse d’exécution est spectaculaire, mais toute forme de brutalité y est strictement proscrite.
L’adversaire n’est jamais perçu comme un rival à détruire, mais comme un miroir bienveillant indispensable à notre propre évolution.
L’assaut s’achève toujours par le zanshin, un état de vigilance sereine maintenant le pratiquant connecté à son environnement et à son partenaire après l’impact. En apprenant à canaliser leur combativité, les adeptes de la voie du sabre japonais cultivent une présence lucide et une paix intérieure qu’ils transposent naturellement dans leur vie quotidienne.




