Héritier direct des techniques de combat des samouraïs, le kendo (« la voie du sabre ») transcende la simple confrontation physique pour s’élever au rang d’art de vivre et de discipline martiale complète. Si l’affrontement armé impressionne souvent par la puissance des impacts et la ferveur des cris, la réalité du dojo révèle un cheminement subtil fondé sur la bienveillance, la vigilance mentale et la maîtrise du souffle.
L’espace du dojo et l’équipement du kendoka
Le kendo se pratique pieds nus, traditionnellement sur un plancher de bois souple et légèrement amorti, conçu pour préserver les articulations des pratiquants lors des fentes dynamiques (fumikomi). Pour s’exercer en toute sécurité à pleine vitesse, les kendokas revêtent une armure protectrice appelée bogu, composée de quatre éléments majeurs :
- Le Men : le casque grillagé pourvu d’épaulières rembourrées protégeant le crâne, la gorge et les tempes.
- Le Kote : les gants matelassés protégeant les poignets et les avant-bras.
- Le Do : le plastron rigide ceignant le buste et les flancs.
- Le Tare : la jupe de cuir et de toile protégeant le bas-ventre et les hanches.
L’arme d’entraînement principale est le shinai, un sabre formé de quatre lattes de bambou maintenues par des pièces de cuir et une cordelette. Pour comprendre les racines philosophiques et techniques de cette arme pacifiée, il est passionnant de se pencher sur l’origine du kendo et la transition historique des guerriers féodaux vers la pacification de l’ère Meiji.
Les frappes fondamentales et le principe de Ki-Ken-Tai-Itchi
Au kendo, on ne frappe jamais au hasard. Seules certaines zones précises de l’armure constituent des cibles valides pour marquer un point (ippon) : la tête (Men), les poignets (Kote), les flancs (Do) au moyen de la partie tranchante du tiers supérieur du shinai, ainsi qu’une poussée d’estoc ciblée à la gorge (Tsuki).
Cependant, la mécanique du geste ne suffit pas à valider une attaque. Le kendo exige la réalisation parfaite du Ki-Ken-Tai-Itchi, qui symbolise l’unisson parfait de trois piliers indispensables :
- Le Ki (l’énergie, l’esprit) : manifesté par une détermination inébranlable et extériorisé par le cri du ventre (kiai).
- Le Ken (le sabre) : matérialisé par la précision de l’impact avec la trajectoire et l’orientation appropriées du shinai.
- Le Tai (le corps) : concrétisé par l’engagement physique total, l’impact du pied au sol et une posture équilibrée.
Sans cette cohésion totale entre l’esprit, l’arme et le corps, le coup porté demeure vide de sens martial. Cette recherche d’équilibre intérieur est précisément ce qui nourrit les nombreux apports du kendo sur le plan de la vitalité quotidienne et de la gestion des émotions.
Du travail fondamental au Ji-geiko
Après les exercices de base (suburi) et les répétitions d’attaques guidées, la pratique s’épanouit lors du ji-geiko, le combat d’entraînement libre. Les deux partenaires se font face dans une vigilance silencieuse, cherchant la moindre opportunité pour briser la garde adverse ou contrer une offensive naissante.
Dans le cadre plus formel de la compétition de kendo, la rigueur reste identique : l’adversaire n’est jamais perçu comme un rival à détruire, mais comme un miroir bienveillant indispensable pour affiner son propre geste. Le respect rituel du salut (reigi) encadre chaque échange, rappelant que la victoire véritable réside toujours dans la conquête de ses propres faiblesses.




