Dans l’univers des voies martiales japonaises, l’habit ne sert pas seulement d’apparat ou de simple protection mécanique. Il incarne un état d’esprit, une passerelle entre la concentration mentale et la posture physique. Lorsque le pratiquant noue son pantalon ou ajuste son casque, il entre dans un espace de vigilance et de sérénité. Comprendre l’agencement de cette panoplie permet d’appréhender toute la profondeur liée aux racines martiales et à l’histoire du kendo.
Le socle vestimentaire : Keikogi et Hakama
Avant d’aborder les pièces de cuir et de métal, le kendoka revêt une tenue en tissu confectionnée traditionnellement en coton épais teinté à l’indigo végétal (aizome), reconnu pour ses vertus purifiantes et assainissantes :
- Le Keikogi : cette veste robuste en coton lourd absorbe la transpiration tout en amortissant les frottements répétés des pièces d’armure. Ses coutures solides résistent aux tiraillements et favorisent une aération constante du torse.
- Le Hakama : cette jupe-pantalon ample descend jusqu’aux chevilles. Au-delà de son élégance fluide, elle dissimule le jeu de jambes à l’adversaire et aide à stabiliser le bassin. Ses plis symbolisent les vertus confucéennes et martiales telles que la loyauté, la justice, la bienveillance et le respect d’autrui.
En serrant les liens de son hakama au niveau du bas-ventre (le hara ou tanden), le pratiquant favorise une respiration abdominale profonde, essentielle pour faire circuler l’énergie vitale durant la pratique quotidienne du kendo.
Le Bogu : l’armure ancestrale du kendoka
Pour s’adonner aux assauts réels au sabre de bambou (le shinai) sans risque de blessure, le guerrier de la paix s’équipe du Bogu. Cette armure articulée se compose de quatre éléments fondamentaux :
1. Le Men (protection de la tête et de la gorge)
Le Men protège le sommet du crâne, les tempes et la gorge grâce à une grille métallique en titane ou en duralumin et un épais rembourrage de tissu surpiqué. Sous le casque, un foulard en coton fin, le tenugui, est soigneusement enroulé pour retenir la sueur et stabiliser la protection tout en maintenant l’esprit clair.
2. Les Kote (gantelets de protection)
Ces moufles rembourrées protègent les poignets et les avant-bras, cibles prioritaires lors des frappes. Conçues en cuir de daim ou en matériaux synthétiques avancés, elles doivent préserver une excellente mobilité afin que le kendoka conserve une préhension fine et détendue du sabre.
3. Le Do (cuirasse pectorale)
Le Do est un plastron incurvé, confectionné en lattes de bambou laqué ou en résine moulée. Il enveloppe les côtes et le plexus pour absorber les impacts directs avec fermeté tout en laissant le diaphragme libre de respirer.
4. Le Tare (ceinture pelvienne)
Fixé autour des hanches, le Tare est formé de plusieurs pans souples et épais en coton surpiqué. Il préserve le bas-ventre et les cuisses des frappes égarées sans entraver les déplacements rapides. C’est sur le pan central que s’appose le nom du kendoka et de son dojo.
L’art d’entretenir et de respecter sa tenue
Revêtir son armure (chakuso) et la retirer constituent un rituel à part entière. Plier méthodiquement son hakama, aérer son armure et entretenir ses cuirs cultivent la patience et le respect du matériel. Prendre soin de son équipement participe pleinement aux bienfaits physiques et spirituels du kendo, transformant chaque entraînement en une véritable méditation active.




