Dans l’univers des voies martiales japonaises, chaque vêtement et chaque pièce d’armure possèdent une raison d’être qui dépasse la simple utilité matérielle. Lorsque le pratiquant noue son pantalon ou ajuste son casque, il ne fait pas que se préparer à l’assaut : il recentre son souffle, protège son énergie vitale et s’ancre dans l’instant présent. Plonger dans l’histoire et l’esprit des samouraïs permet de comprendre combien cette tenue incarne la recherche permanente d’harmonie entre le corps et la conscience.
Les vêtements de base : Keikogi et Hakama
Avant d’enfiler la moindre protection rigide, le kendoka revêt une tenue d’exercice souple mais résistante. Ces deux pièces favorisent l’alignement postural et la libre circulation du souffle au niveau du bas-ventre (le hara ou tanden).
- Le Keikogi (ou Kendogi) : Cette veste de coton épais, souvent teintée à l’indigo traditionnel (aizome), amortit la sueur et les frottements. Ses vertus antibactériennes naturelles et sa trame robuste protègent la peau tout en laissant le buste respirer lors des frappes intenses.
- Le Hakama : Ce large pantalon plissé confère une grande fluidité aux déplacements tout en masquant les mouvements des pieds pour ne pas trahir les intentions du bretteur. Ses sept plis incarnent traditionnellement les vertus du Bushido, telles que le respect, la loyauté, la justice et la droiture morale. Noué fermement au niveau du bassin, le hakama agit comme un véritable rappel postural, incitant à garder le dos droit et le centre de gravité stable.
Le Bogu : l’armure protectrice du Kendoka
Pour s’engager pleinement dans les assauts réels au shinai, le pratiquant revêt le Bogu. Loin d’être une cuirasse lourde qui entraverait le mouvement, cette armure légère est spécialement conçue pour absorber l’énergie des impacts ciblés.
Le Men : la garde de la tête et de l’esprit
Le Men protège le sommet du crâne, les tempes, la gorge et les épaules. Il se compose d’une grille métallique (le Mengane), d’épaisses ailes en tissu matelassé et d’un protège-gorge. Avant de le coiffer, le kendoka plie soigneusement autour de sa tête un tissu de coton appelé Tenugui. Cet accessoire absorbe la transpiration tout en symbolisant la clarification des pensées avant le face-à-face.
Les Kote : le rempart des poignets
Ces gants matelassés protègent les poignets et les avant-bras, zones prioritaires pour les frappes au sabre de bambou. Confectionnés en cuir et en tissu capitonné, les Kote doivent préserver une excellente mobilité afin de permettre une tenue précise et détendue du shinai.
Le Do : la cuirasse du tronc
Le Do est un plastron incurvé qui protège les flancs et la cage thoracique. Réalisé traditionnellement en lattes de bambou laquées ou en matériaux composites légers, il renvoie une résonance sonore nette et sèche lorsque la lame l’atteint avec précision, signalant un coup parfaitement délivré.
Le Tare : la stabilité pelvienne
Suspendu à la taille, le Tare est une ceinture pourvue de cinq pans verticaux rembourrés. Il couvre le bas de l’abdomen et le haut des cuisses sans restreindre l’ampleur des fentes. C’est également sur le pan central du Tare que l’on glisse le Zekken, le fourreau de tissu indiquant le nom du kendoka et de son dojo.
L’entretien de l’armure : un prolongement du respect martial
Prendre soin de son équipement fait partie intégrante de la discipline. Plier son hakama avec minutie après chaque séance, aérer son armure et cirer les cuirs participe à la tranquillité mentale. En cultivant la gratitude envers ce matériel qui préserve l’intégrité physique, on expérimente pleinement les bienfaits holistiques de cet art martial, où la maîtrise de soi s’exprime autant dans le geste que dans le soin accordé aux détails.




